Observatoire citoyen indépendant
Diego RéelLa vérité des donnéesMon compte
Dossier énergie et pouvoir d'achat

Énergie : l'autopsie de la facture

Où va chaque euro d'une facture d'électricité, pourquoi les prix ont varié, et ce que les données disent vraiment des mécanismes de marché. Sept analyses, chacune avec sa source.

1. Où va l'argent de votre facture

Pour un ménage au tarif réglementé, environ un tiers de la facture TTC correspond à l'énergie elle-même, un autre tiers à l'acheminement par les réseaux, et le dernier tiers aux taxes. Réglez votre consommation pour voir le montant.

  • Fourniture (énergie + commercialisation)40 %
  • Acheminement (TURPE : réseaux RTE + Enedis)29 %
  • Taxes (accise, CTA, TVA)31 %
Facture annuelle estimée (tarif base, TTC)
900 €
Fourniture (énergie + commercialisation) (40 %)Acheminement (TURPE : réseaux RTE + Enedis) (29 %)Taxes (accise, CTA, TVA) (31 %)
Part des taxes
306 €
Effet de la hausse de l'accise 1 → 21 €/MWh
+ 108 €
par an, TVA comprise, pour votre consommation

2. L'accise sur l'électricité : de 1 à plus de 20 €/MWh

Pendant la crise, le bouclier tarifaire a ramené l'accise (ex-TICFE) au minimum européen, 1 €/MWh. Sa remontée progressive a ensuite fait grimper la part des taxes dans la facture, indépendamment du prix de marché.

2022 (bouclier tarifaire)
1 €/MWh
2023 (bouclier tarifaire)
1 €/MWh
fév. 2024 (fin partielle du bouclier)
21 €/MWh
fév. 2025 (arrêté du 20 décembre 2024)
33,7 €/MWh
août 2025 (avec la nouvelle majoration)
29,98 €/MWh
fév. 2026 (taux en vigueur jusqu'au 31 juillet 2026)
30,85 €/MWh
août 2026 (taux le plus récent)
30,62 €/MWh

3. Le mix de production : un pays exportateur

En 2024, la France a produit environ 539 TWh, dont les deux tiers d'origine nucléaire, et a exporté environ 89 TWh nets, un niveau record. Le système français est largement décarboné et excédentaire.

  • Nucléaire67 %
  • Hydraulique14 %
  • Éolien9 %
  • Solaire5 %
  • Thermique fossile4 %
  • Bioénergies et déchets2 %

4. Les prix de gros : une grande volatilité

Le prix de gros n'est pas le prix payé par un ménage au tarif réglementé, mais il détermine ce que paient les entreprises sans contrat à prix fixe et il influence les tarifs avec un décalage. Il a été multiplié par plus de deux en 2022, avant de retomber sous le coût complet du parc nucléaire historique en 2024.

2021
109 €/MWh
2022
276 €/MWh
2023
97 €/MWh
2024
58 €/MWh

Repères de coût

Coût complet du nucléaire historique (CRE, 2026-2028)
60,3 €/MWh
Prix de gros moyen France 2024
58 €/MWh
Prix de gros moyen France 2022 (crise)
276 €/MWh

5. Comparaison européenne : un prix ménage sous la moyenne, mais…

Au S1 2026, un ménage français paie son électricité 25 c€/kWh, contre 28 en moyenne dans l'Union, 31 en Italie et 36 en Allemagne : le tarif réglementé et le parc historique expliquent en partie cet écart. L'Espagne est au même niveau que la France. La comparaison est un fait à garder en tête dans tout débat.

Allemagne
36 c€/kWh
Italie
31 c€/kWh
Moyenne UE
28 c€/kWh
Espagne
25 c€/kWh
France
25 c€/kWh
Hongrie
11 c€/kWh
Ce que ce graphique ne dit pas : les entreprises et les ménages sans tarif réglementé ont subi des prix bien supérieurs en 2022-2023, et les taxes pèsent davantage depuis la remontée de l'accise. Le prix bas pour les ménages n'est pas un prix bas pour tous.

6. Deux mécanismes à comprendre : merit order et ARENH

Le merit order

Sur le marché de gros européen, le prix à chaque heure est fixé par la dernière centrale appelée pour équilibrer le réseau, souvent une centrale à gaz. Toutes les centrales appelées sont payées à ce prix. Quand le gaz est cher, le prix de gros monte même pour une électricité produite à bas coût.

Nuance : un ménage au tarif réglementé ne paie pas ce prix heure par heure. Le tarif est calculé à partir de prix de marché lissés et du coût du nucléaire historique, ce qui l'a protégé des pics.

L'ARENH et sa fin

Jusqu'à fin 2025, EDF devait vendre jusqu'à 100 TWh par an à 42 €/MWh à ses concurrents, qui fournissent ensuite les clients. Ce dispositif a pris fin au 31 décembre 2025 et un nouveau mécanisme fondé sur le partage des revenus du nucléaire (versement nucléaire universel) s'applique depuis 2026.

à vérifier modalités exactes du dispositif de 2026

7. Ce que disent les données, et ce qu'elles ne disent pas

Ce que les données montrent

  • La part des taxes dans la facture a augmenté avec la remontée de l'accise.
  • Les prix de gros ont fortement varié, de 58 à 276 €/MWh en deux ans.
  • La France produit plus qu'elle ne consomme et exporte de l'électricité.
  • Pour les ménages, les prix français sont inférieurs à la moyenne de l'Union européenne et à ceux de l'Allemagne et de l'Italie.

Ce qu'elles ne permettent pas d'affirmer

  • Qu'un changement de règles de marché diviserait les factures par deux : aucun chiffre sourcé ne le montre.
  • Que les ménages ont payé l'électricité « au prix du gaz » : le tarif réglementé a lissé les pics.
  • Que le coût du nucléaire est de 45 à 55 €/MWh : le coût complet publié par la CRE est plus élevé.

Voir aussi le dossier Carburant et la méthodologie.