Énergie : l'autopsie de la facture
Où va chaque euro d'une facture d'électricité, pourquoi les prix ont varié, et ce que les données disent vraiment des mécanismes de marché. Sept analyses, chacune avec sa source.
1. Où va l'argent de votre facture
Pour un ménage au tarif réglementé, environ un tiers de la facture TTC correspond à l'énergie elle-même, un autre tiers à l'acheminement par les réseaux, et le dernier tiers aux taxes. Réglez votre consommation pour voir le montant.
- Fourniture (énergie + commercialisation)40 %
- Acheminement (TURPE : réseaux RTE + Enedis)29 %
- Taxes (accise, CTA, TVA)31 %
2. L'accise sur l'électricité : de 1 à plus de 20 €/MWh
Pendant la crise, le bouclier tarifaire a ramené l'accise (ex-TICFE) au minimum européen, 1 €/MWh. Sa remontée progressive a ensuite fait grimper la part des taxes dans la facture, indépendamment du prix de marché.
3. Le mix de production : un pays exportateur
En 2024, la France a produit environ 539 TWh, dont les deux tiers d'origine nucléaire, et a exporté environ 89 TWh nets, un niveau record. Le système français est largement décarboné et excédentaire.
- Nucléaire67 %
- Hydraulique14 %
- Éolien9 %
- Solaire5 %
- Thermique fossile4 %
- Bioénergies et déchets2 %
4. Les prix de gros : une grande volatilité
Le prix de gros n'est pas le prix payé par un ménage au tarif réglementé, mais il détermine ce que paient les entreprises sans contrat à prix fixe et il influence les tarifs avec un décalage. Il a été multiplié par plus de deux en 2022, avant de retomber sous le coût complet du parc nucléaire historique en 2024.
Repères de coût
5. Comparaison européenne : un prix ménage sous la moyenne, mais…
Au S1 2026, un ménage français paie son électricité 25 c€/kWh, contre 28 en moyenne dans l'Union, 31 en Italie et 36 en Allemagne : le tarif réglementé et le parc historique expliquent en partie cet écart. L'Espagne est au même niveau que la France. La comparaison est un fait à garder en tête dans tout débat.
6. Deux mécanismes à comprendre : merit order et ARENH
Le merit order
Sur le marché de gros européen, le prix à chaque heure est fixé par la dernière centrale appelée pour équilibrer le réseau, souvent une centrale à gaz. Toutes les centrales appelées sont payées à ce prix. Quand le gaz est cher, le prix de gros monte même pour une électricité produite à bas coût.
Nuance : un ménage au tarif réglementé ne paie pas ce prix heure par heure. Le tarif est calculé à partir de prix de marché lissés et du coût du nucléaire historique, ce qui l'a protégé des pics.
L'ARENH et sa fin
Jusqu'à fin 2025, EDF devait vendre jusqu'à 100 TWh par an à 42 €/MWh à ses concurrents, qui fournissent ensuite les clients. Ce dispositif a pris fin au 31 décembre 2025 et un nouveau mécanisme fondé sur le partage des revenus du nucléaire (versement nucléaire universel) s'applique depuis 2026.
à vérifier modalités exactes du dispositif de 2026
7. Ce que disent les données, et ce qu'elles ne disent pas
Ce que les données montrent
- La part des taxes dans la facture a augmenté avec la remontée de l'accise.
- Les prix de gros ont fortement varié, de 58 à 276 €/MWh en deux ans.
- La France produit plus qu'elle ne consomme et exporte de l'électricité.
- Pour les ménages, les prix français sont inférieurs à la moyenne de l'Union européenne et à ceux de l'Allemagne et de l'Italie.
Ce qu'elles ne permettent pas d'affirmer
- Qu'un changement de règles de marché diviserait les factures par deux : aucun chiffre sourcé ne le montre.
- Que les ménages ont payé l'électricité « au prix du gaz » : le tarif réglementé a lissé les pics.
- Que le coût du nucléaire est de 45 à 55 €/MWh : le coût complet publié par la CRE est plus élevé.
Voir aussi le dossier Carburant et la méthodologie.